Chapelle Sainte-Madeleine

Chapelle - Calvaire - Edifice religieux - Ruines - Vestiges

Le bourg de la Magdeleine en hauteur sur la colline subsiste jusqu’en 1730, puis un incendie ravage le Massif. Au pied d'une masse de basalte brun, l’Eglise du XIe, dont le castrum et la chapelle sont inscrits à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, a bénéficié de travaux de restauration de 1990 et 1992. Elle servit de paroisse jusqu'en 1872 malgré les difficultés d'accès et l'abandon du village. Les chartreux de la Verne la desserviront jusqu'à la Révolution, date à laquelle elle sera vendue comme bien national. On peut y accéder en 1h 15mn par la piste "dite" de Sainte-Madeleine, mais mieux y aller avec quelqu'un qui connaît le lieu, difficile d'accès. 



Découvrons son histoire présentée par  M. Henri RIBOT, responsable des fouilles de Sainte Madeleine et Président du Centre Archéologique du Var.



La fouille de la chapelle réalisée en 1989 à la demande des Monuments Historiques, donc plusieurs années après la première série de sondages ouverts dans le village, a confirmé l’utilisation de la chapelle durant le Moyen Age et jusqu’au XXe s.

Cinq états ont pu être reconnus:

Etat 1: Dans la seconde moitié du XIIIe s. au plus tôt, un édifice fut construit sur la colline. Ses structures sont celles que l’on connaît aujourd’hui: mur absidal, murs sud et nord, tous fondés sur le rocher quelquefois surcreusé. Dans la première travée, le sol composé de dalles de micaschiste et de gneiss posées à même le rocher et scellées au mortier de chaux, s’appuyait contre les murs sud et nord. Dans l’abside, le pendage naturel du rocher obligea les constructeurs à remblayer sur une forte épaisseur avant de poser un dallage identique à celui de la première travée. Quelques traces de réparation étaient visibles: de la chaux remplaçant par endroit des dalles manquantes. Enfin, les murs reçurent un enduit à la chaux. La date de cette fondation se placerait entre l’installation de la famille de Fos à la Môle (1257), et le début de l’activité du castrum (vers 1358), avec de fortes présomptions pour que ce soit vers 1276-1280 (invention des restes de Ste Marie-Madeleine à St Maximin) et 1278 (Rossolin recevant alors de son grand-père les terres de la Môle, Bormes et Collobrières). Une date postérieure à 1280 semble des plus acceptables. L’édifice de ce premier état était-il une simple chapelle ou bien un logis seigneurial? La question est posée.

Etat 2: Après cette première époque de fonctionnement, le monument traversa un assez long épisode d’abandon correspondant au second état, comme le démontrent les couches de dépôts argileux de l’abside. L’ensemble est alors fort délabré. Ce second état ne peut se situer qu’après 1280. Est-ce à dire que Sainte-Madeleine, pourtant bien située sur le chemin qui conduit de la Verne à Cogolin, n’est plus fréquentée? C’est possible, d’autant plus qu’à la même époque, le regroupement de l’habitat dut se faire autour de la paroisse de Saint-Julien, dans la vallée de la Verne, en face du hameau des Guiols, et en limite des territoires de la Môle et de la Verne.

Etat 3: Une phase d’intenses travaux caractérisés par la présence de nombreux éclats de taille, de tuiles, de briques, de charbons de bois et de cendres, succéda à l’abandon de l’état 2. On arracha les dalles de pierre de la première travée, combla l’abside sous un épais remblai qui reçut une tombe, et installa un muret, peut-être un chancel, à l’aplomb de l’arc triomphal. Le sol fut recouvert d’un dallage fait d’épais carreaux de terre cuite Les murs reçurent un nouvel enduit à la chaux. Ce fut alors que le cimetière attenant à la chapelle commença à être utilisé; on y accédait par la porte ouverte dans le mur nord. Le matériel trouvé dans les couches du remblai portant le sol de ce troisième état nous conduit à dater cette reconstruction de l’époque de fonctionnement du castrum de Sainte Madeleine, c’est-à-dire du milieu du XIVe s., moment où les seigneurs de Fos sont au faîte de leur puissance. Il est probable que la paroisse de Saint-Julien dut alors être délaissée au profit de la chapelle castrale élevée au siècle précédent par les seigneurs de Fos sur la hauteur de Sainte-Madeleine qui dominait le terroir agricole, l’axe de circulation la Verne-Cogolin et le confluent des rivières de la Môle et de la Verne.

Etat 4: A partir de la fin du XIVe s., Sainte-Madeleine perdit sa fonction de cure pour ne plus être qu’un pauvre prieuré rural. Vers le milieu du XVe s., elle était desservie par Louis de Candie, de Cogolin. Les Chartreux unirent ce prieuré à la Verne en 1499, mais des réparations s’avérèrent vite nécessaires. Enfin, en 1729, un incendie ravagea le prieuré qu’il fallut reconstruire entièrement. Ce fut le grand remaniement de l’état 4 au cours duquel les carreaux de l’état précédent furent arrachés et remplacés par un carrelage plus élégant fait de carreaux, de briques et de navettes d’argile, tous éléments que l’on trouve à la Chartreuse de là Verne. Dans l’abside, le sol fut surélevé et le mur reçut une niche avec bénitier en serpentinite moulurée. La tombe, en partie dégagée lors de ces remaniements fut comblée avec du tout-venant. Des banquettes de pierre furent édifiées contre les murs nord et sud de la première travée; elles condamnèrent la porte qui donnait accès au cimetière. Les murs furent à nouveau recouverts d’un enduit de chaux. Enfin, ce fut au cours de cet état que fut ouverte la porte tardive que l’on voit dans le mur ouest.

Etat 5: Dernière modification en date, celle du début du XIXe s., entre 1808 et 1817. Afin de posséder un bâtiment public, les habitants de la Môle se cotisèrent pour restaurer leur église dont le toit était à reprendre et à laquelle manquait une porte d’entrée. Ce fut au cours de ces années que durent être réalisés les ultimes aménagement de la chapelle: obturation de l’arc doubleau séparant les travées, ouverture d’une porte dans le mur ainsi créé, toiture à double pente pour remplacer la voûte de la première travée, la seconde travée étant laissée à l’abandon et faisant office de nartex. Le tout s’acheva par la construction du presbytère contre le mur sud.

Le village fouillé, dont la partie haute fortifiée représente l’essentiel de notre étude, correspond sans aucun doute au castrum médiéval de la Môle. La brièveté de l’occupation et l’abondance du matériel fournissent des indices chronologiques précieux. La découverte d’une série continue de poids en pierre nous amène à réfléchir à l’intérêt que revêtent un certain nombre d’objets que l’on a trop souvent tendance à négliger: galets, broyeurs, tuiles, briques, ... L’absence de céramique à pâte grise et de sgraffito (un tesson de chaque) qui s’oppose à l’abondance des majoliques archaïques confirme la date de fondation du castrum de Sainte Madeleine entre 1331 et 1358 que suggèrent les textes, avec une forte probabilité pour que cet événement se soit déroulé entre 1345 et 1358. En revanche, la date de l’abandon est plus délicate à fixer. L’unique pièce de monnaie trouvée sur le sol de la maison du sondage I situerait cet abandon au plus tôt entre 1362 et 1370, la date la plus basse étant bien entendu 1400, avant laquelle la Môle est déclarée inhabitée. La fin du troisième quart du XIVe s. correspondrait assez aux données livrées par le matériel mis au jour.

Nous ne savons rien de l’évolution de l’habitat antérieur au XIVe s. Les résultats obtenus sur une infime partie de la commune peuvent donc être remis en cause lors de l’élargissement des travaux à l’ensemble du terroir. La chapelle de Sainte-Madeleine est le seul monument de la Môle qui permet d’établir le lien entre la communauté villageoise et celle des Chartreux: passant de l’autorité des Fos à celle des moines de la Verne, elle revint aux habitants de la Môle avec la Révolution. Aujourd’hui, dernier témoin de cette longue histoire, elle a retrouvé un certain lustre grâce aux travaux de rénovation que les Monuments Historiques et la Municipalité y ont réalisé depuis 1990.


 

Prestations
Adresse
Chapelle Sainte-Madeleine
83310 La Mole
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83310 La Mole
04 94 40 05 80
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